VW, PORSCHE : Grandeur et décadence de l’ego

Ferdinand Pïech WEB VW, PORSCHE : Grandeur et décadence de l’ego

Ferdinand Piëch : "Je ne suis pas né dans la bonne branche de la famille"


Comment faire ployer le « constructeur le plus profitable du monde » sous les dettes ?

Comment diviser la valeur boursière du premier constructeur européen par cinq en un an ?

La crise ? La chute des ventes ? La mode écolo qui n’a d’yeux que pour les grammes de CO2 et les détournes des orgueilleux 4×4 et autres sportives de luxe ?

Vous n’y êtes pas du tout. La raison de ce monstrueux gâchis financier qui afflige Volkswagen et sa nouvelle filiale Porsche tient en trois lettres : « ego ».


C’est en effet l’ego démesuré de Wendelin Wiedeking, ex-PDG de Porsche, et de Wolfgang Porsche qui s’étaient lancés dans une tentative démesurée de prise de contrôle de Volkswagen ainsi que celui, tout aussi hors normes, de Ferdinand Piëch, le cousin président du conseil de surveillance du premier constructeur européen, qui s’était juré de ramener Porsche dans le giron historique de Volkswagen qui ont abouti à ce résultat. Une dispute de famille, une guerre des clans s’est terminée l’été dernier par un mariage de raison : l’intégration de Porsche comme dixième marque du groupe Volkswagen. Alors que la nouvelle structure n’est pas encore en place, Porsche accuse une perte de € 4,4 milliards pour 2009 contre un bénéfice de € 8,6 milliards un an plus tôt et doit refinancer une dette de près de € 9 milliards. Quant à l’action Volkswagen qui avait atteint plus de € 600.— l’automne dernier au plus fort de la partie de bras de fer, elle a été divisée par six !!


Arroseur arrosé

Profitant des problèmes de restructuration et de rentabilité de VW, Porsche a commencé en 2005 à utiliser ses somptueux bénéfices pour monter en puissance dans le capital de sa cousine de Wolfsburg. L’appétit venant en mangeant, Wendelin Wiedeking conçut, avec la bénédiction de Wolfgang Porsche, le plan de prendre le contrôle pur et simple de Volkswagen. L’an dernier, la marque de Stuttgart avait réussi à s’approprier 50,76% de Volkswagen, mais il lui fallait monter à 75% pour prendre le pouvoir. Malheureusement pour Wiedeking et Wolfgang Porsche, la crise allait se déclencher : baisse des ventes aux Etats-Unis, tarissement des crédits. Porsche accumulait une énorme dette de plus de € 9 milliards et se trouvait épuisée par sa conquête. Le clan du cousin Piëch allié aux syndicats de VW et au Land de Basse Saxe reprenait la main et se retrouvait en position de force pour… racheter Porsche et l’intégrer au premier groupe européen. Le coup de l’arroseur arrosé. Piëch pouvait ainsi caresser le rêve de sa vie : réunir l’héritage automobile de son grand père Ferdinand, inventeur de la coccinelle et de la Porsche.


Le poids de la dette

Reste le règlement de la dette de € 9 milliards accumulée auprès des banques par Porsche SE pour couvrir les options (€ 57 milliards) de la prise de contrôle de VW. Porsche vient de se refinancer auprès des banques allemandes. Une fois ce montage financier bouclé, VW commencera à acheter l’activité automobile de Porsche dans l’optique d’une fusion qui devrait être réalisée à la mi 2011. Une opération qui pourrait coûter jusqu’à € 8 milliards à VW. Ego quand tu nous tiens.. On ne peut s’empêcher de penser qu’il existait des moyens plus simples et surtout moins ruineux de réaliser l’intégration de Porsche dans Volkswagen, inéluctable. Grandes dévoreuses de CO2, les Porsche ont besoin des petites VW pour réaliser les moyennes de gamme exigées par les nouvelles normes d’émissions.



Alain R. Walon