PSA-MITSUBISHI : La fin du splendide isolement !

Peugeot Ion PSA MITSUBISHI : La fin du splendide isolement !


Le projet de prise de participation de Peugeot Citroën SA dans Mitsubishi marque un revirement stratégique à Sochaux.


Jusqu’à récemment PSA était resté dans un splendide isolement lié à la tradition familiale d’indépendance de la famille Peugeot. Des partenariats techniques oui, des alliances capitalistiques, non. Tout a changé depuis 2007 avec l’arrivée de Christian Streiff d’abord, qui affirmait qu’ « il n’y avait plus de tabous », et plus encore avec son successeur Philippe Varin. Aujourd’hui, le groupe français est officiellement en négociation avec Mitsubishi pour prendre une participation de 30%, voire purement et simplement le contrôle (51%) de sa filiale Mitsubishi Motors Company (MMC) qui bat de l’aile depuis la dissolution du groupe Daimler-Chrysler. Un nouvel exemple de la globalisation, certes, mais aussi la recherche de la taille-critique pour subsister. Sergio Marchionne, le patron du groupe Fiat, a prophétisé : «Après la crise, il ne restera que six groupes automobiles capables de produire au moins 5,5 à 6 millions de véhicules par an.»

Mitsubishi va mal

Dans un bref communiqué du 3 décembre, PSA Peugeot-Citroën a confirmé des «discussions exploratoires» avec Mitsubishi Motors Company «pour examiner les possibilités d’élargissement de leurs relations pouvant aller jusqu’à un partenariat stratégique.» PSA pourrait prendre 30% de MMC par le biais d’une augmentation de capital ou prendre purement le contrôle du Japonais (51%) et MMC prendre ultérieurement une participation de 15% dans PSA. Le nouveau groupe construirait ainsi 4,5 à 5 millions d’automobiles par an et passerait du 8e au 6e rang mondial. Le groupe de l’Avenue de la Grande Armée entretient déjà des relations étroites avec le Japonais depuis 2004 avec le développement produit des crossovers Peugeot 4007 et Citroën C-Crosser, cousins du Mitsubishi Outlander, récemment dans le domaine de la voiture électrique avec les Peugeot iOn et Citroën C-Zéro, qui sont en fait des Mitsubishi i-Miev rebadgées, sans oublier leur joint-venture établi en Russie, à Kaluga. Une prise de participation, ou de contrôle, permettrait des économies d’échelle dans le secteur du développement de produits, mais non dans celui des frais de structures et des coûts d’achat. Mais il donnerait accès à PSA à des pays où Mitsubishi est bien implantée. Et l’on sait que dans l’avenir 85% du développement de l’industrie automobile se fera en Asie, et en Chine en particulier. Ce rapprochement bénéficierait majoritairement à Mitsubishi dans un premier temps. MMC n’est qu’un confetti dans la galaxie de l’énorme conglomérat nippon, qui va des chantiers navals à Nikon en passant par la banque. Sixième constructeur japonais, ses ventes sont trois fois plus petites que celles de PSA. Depuis la dissolution du groupe Daimler-Chrysler, la maison-mère lui cherche un repreneur. MMC a mal résisté à la crise. Ses ventes ont été divisées par deux depuis un an. Il est mal implanté aux Etats-Unis (contrairement à Toyota, Honda et Nissan) et subit une très forte concurrence nationale. Il a perdu € 273 millions au premier semestre 2009.

L’exemple de Renault-Nissan

Jamais Peugeot ne s’était lancé dans des alliances capitalistiques, préférant les partenariats techniques et industriels, comme avec Fiat dans la construction des utilitaires, avec Ford dans le développement de moteurs Diesel, avec BMW dans celui des moteurs essence et avec MMC dans celui des produits. La nouvelle stratégie impulsée à partir de 2007 par Christian Streiff a été renforcée par son successeur, Philippe Varin, qui affirme tous azimuts « Nous saisirons toute possibilité de croissance externe pour devenir un groupe plus global, plus mondial. » Le futur rapprochement ressemble beaucoup à l’alliance conclue voici tout juste dix ans entre Renault et Nissan à l’initiative de Schweizer et Ghosn. A l’époque, peu croyaient à sa viabilité. En dix ans, Renault a reçu € 11 milliards de Nissan.


Alain R. Walon