RAPPROCHEMENT VW-SUZUKI : Les minis-voitures dans le viseur
Avec cette alliance stratégique, VW double Toyota et devient numéro 1 mondial.
Volkswagen über Alles ! Ferdinand Piëch et Martin Winterkorn peuvent se rengorger de leur somptueux cadeau de Noël pour le groupe. L’alliance stratégique conclue avec Suzuki ajoute 2,3 millions de véhicules aux 6,33 de VAG qui passe ainsi à 8,63 millions et déboulonne Toyota (7,78) de la place de numéro 1 mondial qu’elle avait ravie à GM. Huit jours après celui de PSA-Mitsubishi, le rapprochement du géant allemand et du spécialiste japonais des compactes confirme la course à la taille-critique des constructeurs automobiles, dont on prophétise qu’ils ne seront plus que six après la crise.
Rien que des atouts…
Rodomontades de la « Deutsche Fahrkultur » mises à part, les têtes pensantes de VW ne se sont pas offert 19,9% de Suzuki uniquement par boulimie, ni pour faire la nique à leurs concurrents bien marris. On se tourne vers Carlos Ghosn qui avait lui aussi des visées sur Suzuki pour élargir l’Alliance Renault-Nissan, ou encore GM qui avait possédé 20% de Suzuki, mais les avait revendus pour dégager de la trésorerie. (Encore une manifestation de la « vision » des vieilles badernes de Detroit !!). Non, Piëch et Winterkorn ont rigoureusement suivi la stratégie mondiale de globalisation. Ils ont réussi là où Jürgen Schrempp a échoué dans sa tentative de créer le « groupe automobile mondial » autour de Daimler-Chrysler. De plus, les 19,9% de Suzuki ne leur coûtent qu’une poignée de sushi : € 1,72 milliard (dont la moitié seront reversés pour l’achat d’actions VW dans le cadre d’une participation croisée.) Infiniment moins que ce qu’à coûté la guéguerre des clans Porsche !! D’autant plus que le rapprochement avec le spécialiste des micro-voitures (moins de 600 cm3) ne présente que des atouts sur les plans industriels, technologiques et commerciaux.
Petit, mais costaud
Il aura peut-être fallu l’annonce de cette alliance stratégique pour se rendre compte que Suzuki produit – discrètement – 2,3 millions de voitures par an, mais aussi 3,28 millions de motocyclettes, générant des revenus de 20,9 milliards d’euros et un bénéfice opérationnel de 534 millions d’euros. Suzuki exploite 6 usines au Japon ainsi que 34 sociétés de production dans des pays comme l’Inde, la Hongrie, la Chine, l’Indonésie, le Pakistan, la Thaïlande et l’Espagne. Il est le spécialiste des microvoitures de moins de 600 cm3 (« midgets » au Japon) notamment par sa filiale indienne Suzuki-Maruti, premier constructeur local avec près de 700’000 unités par an. Volkswagen a besoin de ces unités de production spécialisée au moment où il prévoit de lancer au salon de Los Angeles sa « Up », une mini-voiture pour quatre adultes propulsée par un Diesel hybride censé ne consommer que 2,5 l/100km avec des émissions de 65 g/km de Co2. De son côté, Suzuki va bénéficier de l’expertise technologique de VW dans le domaine des moteurs avancés (les Diesel notamment) et des transmissions.
Sur le plan des stratégies de production et commerciale, les deux partenaires sont également très complémentaires. Suzuki est très bien implanté en Inde, Indonésie et dans tout le Sud-Est asiatique (ASEAN) où VW est relativement faible. Le Japonais a annoncé, pour 2012, la construction d’une nouvelle usine en Thaïlande, pour la production de «voitures écologiques.» Par contre, le groupe allemand est fort en Chine, où Suzuki n’occupe actuellement qu’une place marginale.
Alain R. Walon
