VOLVO-GEELY : cette fois ci, il semblerait que ce soit fait
Lors du Salon de l’Auto de Genève, Stephen Odell, l’actuel CEO du constructeur suédois, avait confié que l’accord avec Geely sur la vente de Volvo devait se réaliser pour la fin mars. C’est fait. Le premier constructeur chinois indépendant s’est offert la marque suédoise et ses quatre-vingts ans d’histoire pour US$ 1,8 milliards. Volvo est ainsi la première marque automobile de renommée internationale à passer sous le contrôle des Chinois, riches de leurs excédents commerciaux et surtout pressés d’acheter à bon compte des technologies dont ils ont un besoin urgent, en matière de sécurité tout particulièrement.
Technologie et image
Cette acquisition montre à quel point la montée en puissance de l’économie chinoise est en train de redessiner la carte industrielle mondiale, de l’automobile aux télécommunications en passant par les matières premières. Se félicitant d’être arrivé à ses fins, Li Shufu, Président de Geely, a indiqué que sa société allait construire des Volvo en Chine pour le marché national, mais aussi pour l’exportation. « Volvo est un tigre. Nous devons évaluer tout son potentiel pour l’exploiter pleinement, » a-t-il déclaré. Seul constructeur chinois indépendant, Geely n’occupe que la neuvième place du classement de l’industrie automobile de l’Empire du Milieu avec une production de 250 000 unités en 2009, soit deux tiers à peine de celle de Volvo. Ses tentatives d’exportation vers le marché européen ont jusqu’à présent avorté en raison du faible niveau de ses produits, en matière de sécurité (NCAP) notamment. C’est pourquoi il compte beaucoup sur la technologie de Volvo, dont l’image en matière de sécurité n’est plus à vanter, pour progresser et accéder à une stature internationale. Ford continuera à fournir des pièces détachées et équipements Volvo à Geely pendant plusieurs années
Ford se désendette
Ford va affecter près de la moitié du montant de la transaction pour se désendetter (l’Américain traîne une dette de US$ 23,5 milliards depuis 2006, mais n’a pas fait appel à l’aide du gouvernement américain) dans le cadre de son programme de retour à une profitabilité durable passant par la cession de filiales ne faisant pas partie de son activité de base, comme celle de Jaguar et Land Rover à l’Indien Tata. Une partie des fonds perçus sera également affectée au fonds de pension de Volvo. Si l’affaire paraît excellente pour Geely, elle l’est en revanche moins pour l’Américain. Ford avait acquis Volvo en 1999 pour US$ 6,4 milliards et le revend aujourd’hui pour US$ 1,8 milliards, soit presque quatre fois moins.
Alain R. Walon

