LRV (LUNAR ROVERING VEHICLE) : Quelle peut être sa valeur ? Qui en est le propriétaire ?

Apollo landing sites

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Le 26 juillet 1971, le monde de l’automobile a pris une nouvelle direction. Pour la première fois dans l’humanité, l’homme a roulé ailleurs que sur terre. Les LRV (Lunar Roving Vehicle) sont aujourd’hui disponibles à la vente. Bien, mais à quel prix ? A quelles conditions ? Comment faire une bonne affaire ?


Mandaté par la Nasa, mais domicilié en Suisse, Cay Jay vendeur professionnel d’objets insolites, tente une approche en vue d’y apporter des réponses.


Laissons-lui la parole :

« La valeur commerciale, en occasion d’un 4×4, reste pour moi un grand mystère. Le prix d’achat, l’age et la valeur à neuf sont déterminants. D’une part, il faut tenir compte de l’état de fraîcheur de la machine.  A-t-il tracté de lourdes charges ? D’autre part, il faut prendre en compte le nombre d’exemplaires disponibles sur le marché. Certains facteurs extérieurs, par exemple le palmarès dans le cas d’une voiture de course ou la notoriété du propriétaire peuvent influencer d’une manière significative le prix avancé. Souvent il arrive que des facteurs extérieurs, par exemple la couleur ou les frais de livraison jouent un mauvais tour à l’affaire. Certains 4×4 sont carrément invendables en dehors des grandes villes européennes ».

A écouter Cay Jay on se rend compte que ces 3 LRV ont toutes les qualités pour atteindre un prix de vente record. Ils sont célèbres, fabriqués par le plus grand constructeur automobile de son époque, ils ont un équipement fantastique et ils ont fait la une des médias à plusieurs reprises. Ces LRV 4×4 ont un atout supplémentaire, ils n’ont jamais tracté quoique ce soit.


Un peu d’histoire.

A partir de juillet 1969, la Nasa approcha 3 sociétés pour la fabrication d’un véhicule capable de se déplacer sur la lune. Le binôme Boeing/General Motors remporta le marché d’une valeur de 18 millions de dollars américains. La facture finale s’est cependant élevée à 38 millions. Les mauvaises langues attribuent ce dépassement au sous-traitant DELCO ELECTRONICS, responsable en particulier de la mise au point des fonctions 4×4. Construit autour d’un châssis en aluminium ALV 2219, équipé de roues 32×9″ (81.8 X 23 cm) d’une valeur de 85000 US $ pièce, le LRV combinait un poids très contenu, 209 kg, avec une puissance phénoménale, 4x ¼ de cheval. Les moteurs sont alimentés par 2 batteries Argent Zinc d’une puissance de 36 V chacune. La vitesse maximum a été volontairement limitée à 13km/h compte tenu de la faible résistance aérodynamique de l’atmosphère lunaire. Le LRV est un outil de travail de rêve.

« Grâce à son rapport de démultiplication de 80 :1 la cueillette de roches rares au moyen du LRV de la Nasa devient un plaisir sans fin » précise Illian Benaluni, auteur d’un documentaire sur Harrison H Schmitt, le dernier homme a avoir marché sur la lune.

« Il faut éviter de comparer les valeurs marchandes de ces trois 4×4 avec d’autres, tout aussi couverts de poussière et dispersés dans les musées ! » Selon Sue Bonatrait, coiffeuse de James Irvine, un des 6 astronautes ayant piloté un LRV.

En théorie, il serait possible d’assembler un quatrième exemplaire, autrefois jamais terminé à cause de l’abandon du programme Apollo 19 fin 1973. Dans la pratique il vaudrait mieux fabriquer une réplique conforme en utilisant comme modèle le LRV « 1G ». Le « 1G » a été spécialement assemblé pour permettre aux journalistes de le tester dans des conditions de gravitation terrestre. Le « 1G » permettait de se rendre compte de la maîtrise technologique de son constructeur. Songez un peu : 4 roues motrices et directrices. Moyeux roues libres. Motorisation électrique au moyen de 4 unités intégrées aux roues. Module électronique DELCO « Joy Stick » pour les commandes informatisées de type « fly by wire ». GPS embarqué. Radio-communication automatique avec la terre. Caméra embarquée. Ceintures de sécurité de type VELCRO et… doubles coffres à bagages supportant une charge utile de plus de 400 kg.


Etat de service des 3 LRV

LRV 1 Apollo 15 – 27.76 km au compteur / 3h02 de conduite

LRV 2 Apollo 16 – 26.55 km au compteur / 3h26 de conduite

LRV 3 Apollo 17 – 35.89 km au compteur / 4h26 de conduite

En tenant compte de tout cela, quel prix peut-on raisonnablement payer pour un de ces 3 LRV, garés depuis 40 ans sur la Lune ?

« Si l’on considère l’âge des LRV, on a plutôt affaire à des oldtimers sans grande valeur, bien que le prix de neuf s’élevait à 3,45 mio l’unité. Avec un taux moyen de dépréciation de 13 % l’an, cela fait longtemps que la valeur est passée sous la barre des zéros francs. Si l’on considère le kilométrage et la durée d’utilisation, on a bien affaire à des véhicules à l’état de neuf. Si l’on considère que les 3 LRV ayant roulé sur la lune ont été conduits par 6 pilotes d’exception, à la fois héros et idoles nationales, la cote monte en flèche pour atteindre le prix de neuf. Si l’on considère les températures de stockage, la valeur est de nouveau proche de zéro. Si l’on considère le manque de disponibilité des pièces de rechange, il vaut mieux tomber sur un acheteur habile du tournevis… » précise Jean-Claude Bonferre, restaurateur de 4×4 de la 2e guerre mondiale.

Mais les LRV ne sont pas en si mauvais état que ça !


Laissons à nouveau la parole à Cay-Jay

« A en croire la Nasa, les 3 LRV garés sur la lune sont plutôt en bon état. Le rapport de conduite du LRV 1 (Apollo 15) mentionne un problème de direction du train avant. Delco Electronics contacté par nos soins maintient que tout fonctionnait normalement à la livraison et que la panne est due à une mauvaise manipulation entre le Kennedy Space Center et le site d’alunissage de Hadley Apennine. Le rapport du LRV 2 (Apollo 16) parle d’un état de fonctionnement sans défaut. Cependant, le LRV 2 mérite une réparation pour retrouver son état 100 % original : le garde-poussière arrière droit s’est détaché dès les premières heures de roulage. Ainsi, a-t-il été réparé au moyen de toile isolante et de cartes topographiques. Avant d’en raboter le prix, il ne faut pas oublier que le LRV 2 détient le record de vitesse de tous les LRV avec 17,7 Km/h dans une descente au lieu-dit LEE-Lincoln. Le rapport du LRV 3 (Apollo 17) mentionne que le voltmètre n’a jamais fonctionné. Certains experts pensent cependant qu’il doit afficher le prix le plus élevé des trois. Il a filmé le décollage du module lunaire au moyen de sa caméra embarquée ».

Ceux qui pensent que ces trois vieilleries ne valent plus rien, ont probablement tort.

Certes les batteries sont vides et quelques bricoles de remise en état sont inévitables, après une si longue période d’immobilisation. Il convient ici de rappeler que le poids en ordre de marche, du LRV sur la lune, est inférieur à 30 kg, ainsi la mécanique n’a pas dû souffrir beaucoup de la surcharge pondérale propre aux 4×4.

« Les frais de livraison sont, vous l’imaginez bien, un peu plus élevés qu’a l’habitude. Les COC (Certificate of Conformity) et le 13.20 seront difficiles à obtenir. Ça ne va pas être facile d’en tirer un grand prix ! » selon Louis-Alexandre de Bonneuille, grand collectionneur de montres OMEGA Speedmaster.


Et Cay-Jay de poursuivre :

« Dès la mise en vente des LRV, nous n’avons cessé de rappeler l’engouement des Américains pour la conquête spatiale. Tous les objets ramenés de la lune ont une valeur émotive très forte, à l’instar du badge décousu de son sac à dos (resté sur la Lune) et rapporté sur terre par James Irvine (1930-1991). Cet objet de 4 sous à la production, a été adjugé 33’000 US $ lors d’une des nombreuses enchères organisées régulièrement depuis l’arrêt du programme Apollo ».

Pour organiser un transport, veuillez prendre contact avec Richard Branson (Virgin space aviation).

Pour des photos récentes des véhicules mis en vente, sur leur lieu de stockage, veuillez prendre contact avec Claude Nicollier (photographe HUBBLE).

Pour se faire remettre les clés des véhicules, et le ticket de parking de Hadley Rille Apennine Region, veuillez prendre contact avec la veuve de David R Scott (chef de mission Apollo 15).


Note de la rédaction : selon la Nasa les clés des LRV 2 et LRV 3 sont restées sur le contact.


Jay Cay