82e SALON INTERNATIONAL DE L’AUTOMOBILE GENÈVE : vu par le petit bout d’une lorgnette déformée

 

 

 82e SALON INTERNATIONAL DE L’AUTOMOBILE GENÈVE : vu par le petit bout d’une lorgnette déformée

Avec sa mauvaise foi légendaire et son manque affligeant d’objectivité, Céjay a traîné ses godillots sur les moquettes de l’exposition.

La visite commence par Toyota. Sur la gauche trône le clone du coupé Subaru BRZ. Les constructeurs se mettent à cloner les coupés. C’est mal parti. Sur la droite un SUV équipé de la technologie « piles à combustibles ». Je vous rappelle que l’hydrogène qui alimente les voitures de ce type, n’est pas considéré en Suisse comme un combustible. Le futur est bien sombre.

Chez Mercedes, la bonne surprise est la présentation de la classe B équipée de la technologie « extenseur d’autonomie ». Technologie piquée aux sous-marins de la 2e guerre mondiale. Le nouveau 3 cylindres turbo sert de générateur aux batteries embarquées. Le lancement mondial de la Classe A, avec ses 181cm de largeur hors rétros ne risque pas d’être coupée dans son élan, contrairement à son ancêtre des années 90. La E300 consomme moins que la E200. Je doute avoir compris quelque chose à l’automobile.

BMW prend bien soin de cacher ses deux protos zéro émission au fond du stand. Il faut se frayer un passage pour découvrir « i3 » qui est déjà une star aux USA. 16’677 fans sur Facebook. Star peut-être à cause de ses « pieds » : 175-45×19. Bridgestone est responsable de la fabrication de ses chaussettes aux dimensions moto.

Peugeot ne se lasse pas de nous rappeler qu’il fut un constructeur de vélos. Les 208 et 4008 avec leurs zéros au milieu me rappellent le procès intenté par Peugeot à l’encontre de Porsche à la commercialisation de la 911 en 1964. Souviens-toi. Elle devait porter le sigle 901 avec un zéro au milieu. Plus rabat-joie, tu meurs.

Dacia. Le monospace Lodgy de la marque low cost de Renault fait peut-être rêver les familles en mal de pouvoir d’achat, mais pas moi. Les Dacia sont aussi moches neuves que vieilles. Pas la peine de perdre du temps chez le « deuxième vin » de Renault.

Porsche. Avec arrogance Porsche jongle avec les 9 et les 1. Cette fois c’est la 991 qui est à l’honneur. Une voiture qui sait tout faire de 7 à 277 km/h, sauf le capucino. Si tout va (mal) le turbo diesel devrait faire son apparition, sous le capot de cette maudite 991, dans les mois à venir. Aston Martin et Porsche semblent souffrir du même mal : la législation européenne en matière de consommation par marque.

Volvo. Le meilleur capucino du salon se déguste chez Volvo. Malheureusement, il demeure réservé aux journalistes et collaborateurs de la marque. L’année dernière, le meilleur capucino était chez Saab. Le futur de Volvo s’assombrirait-il ?

Ferrari. Les bolides trop souvent rouges continuent outrageusement à faire rêver le gamin qui dort dans chacun de nous. Ferrari vend 7200 voitures par an tout en faisant rêver au moins un milliard d’automobilistes provisoirement titulaires d’un permis de conduire. Dernière offense du constructeur de Maranello : 7 voitures sur le stand dont la plus puissante affiche 720 ch. Pour le politiquement correct il y a, à l’avant, deux volets qui s’ouvrent et se ferment afin de maintenir les disques de freins à la bonne température. Je me suis laissé dire qu’il y a meilleur endroit sur terre pour voir des Ferrari : Abu Dhabi. Le parc d’attractions et ses environs regorgent de super cars à la sauce bolognèse. Cerise sur le gâteau : le son est disponible gratuitement.

Le duel Bugatti – Brabus fait de nouveau couler beaucoup d’encre. Ainsi, la puissance monte à 1200 ch sur la Veyron et 800 ch sur le G Class. Ces deux modèles ont en commun la traction sur les 4 roues et l’âge de leur conception. J’ai de la peine à choisir. J’aimerai bien le 16 cylindres mais mon chalet de Gstaad n’est accessible qu’avec les rampantes enclenchées.

Chez Bentley la notion de SUV perd tout son sens. Le clone du Q7 n’est ni sport, ni utile, ni même véhicule compte tenu de la quantité de vaches qu’il faut dépecer pour en garnir l’intérieur, pleine fleur.

Chez Ford j’ai aimé les portes de la B-Max et la face avant de la Focus électrique. Chez Aston Martin j’ai aimé la face avant de la Zagato et les portes de la Cygnet. Comme ces 4 voitures se ressemblent pourquoi ne pas les exposer sur le même stand ? Un collègue me signale la présence d’un nouveau 4 cylindres 1 litre 125 ch chez Ford. Je rêve de le mettre sous le capot de la Zagato et de mettre à la poubelle la Cygnet, commercialisée dans le seul but d’atteindre les limites de consommations par marque imposée par l’union européenne.

Deux autres constructeurs pourraient également fusionner leurs stands et leurs destinées. Kia et Seat. A bien y regarder, les ressemblances stylistiques en général, et en particulier les calandres, sont troublantes. Le mariage entre Peugeot et General Motors n’est pas le bon. C’est Kia qu’il faut marier à Seat.

Autres présences troublantes sur les stands Chrysler Lancia et Fiat. C’est comme si on avait mis tous les codes stylistiques et les valeurs techniques des trois marques dans un oeuf. Une fois vigoureusement secoué, le contenu de l’oeuf est invariablement jaune. Avec un collègue perspicace, nous avons caressé le rêve de découvrir l’origine des modèles exposés, tels des généticiens. Avec le recul, il vaut mieux caresser du regard les hôtesses des 3 stands, dont la réputation de beauté n’est pas en reste en ce millésime 2012.

Volkswagen a atteint un niveau de maturité sans précédent. La cohésion des lignes est tout simplement bluffante. On se croirait dans les années 70 où la Passat était une grande Golf et la Polo une petite Golf. Pas compris ? Un autre exemple avec BMW. La 320 était une petite 520 et la 730 une grande 520.

Le sextet Skoda Seat Audi VW Bentley Lamborghini annonce des bénéfices insolents. Alors, on se paie la plus grande télévision au monde. Elle fait au bas mot 35 mètres de long, pardon de large. On peut la regarder chez Audi. Si tu n’aimes pas la télé, pose ton regard sur la A8 équipée d’un 4 cylindres 2 litres turbo. Pourvu qu’on n’oublie pas que les voitures les plus géniales à conduire sont équipées d’un grand moteur dans une petite caisse. Je pense à l’AC Cobra 1964.

Suzuki répond au champion en titre Opel Ampera en présentant une Swift équipée de la technologie « extenseur d’autonomie ». A moins que Suzuki ne se soit inspiré de la Fisker Karma, magnifique paquebot routier dont le moteur à essence ne sert lui aussi qu’à charger les batteries.

L’Opel Ampera et la Fisker Karma ont un point en commun, une banquette arrière deux places. C’est déjà pas facile de vendre une voiture 5 places. Je la sens mal.

Nissan a de la peine à vendre son modèle 100% électrique LEAF. Une partie de la production a donc été confiée à NISMO, département compétition de la marque japonaise. Le résultat est à la fois excitant et macabre. La version NISMO de la Leaf est maintenant promise à une belle carrière sur les circuits. Reste à savoir qui elle devra battre. En tout cas pas la fabuleuse Tesla Roadster, dont les derniers 100 exemplaires, sur 2000 produits, ont de la peine à trouver preneurs.

Renault. Il n’y a pas moins de 12 Renault Z.E sur le stand. Où va-t-on trouver toute l’électricité pour charger toutes ces batteries de toutes ces voitures zéro émission ? Un collègue me dit de ne pas s’inquiéter… Ces voitures ne sortent jamais dans la rue ; à part pour les opérations « lavage par le vert », très à la mode ces derniers temps.

Chez Honda, les budgets pour les produits zéro émission se font rares. Pour faire passer la pilule, les ingénieurs ont caché les sorties d’échappement de la Civic. Je reconnais que le résultat est saisissant.

Lotus a retrouvé du poil de la bête. Il n’y a jamais eu autant de modèles exposés sur leur stand, 6 voitures de route et 5 de compétition. Les couleurs inventées par un fabricant de cigarettes me remuent le coeur. Quel mariage heureux entre deux industriels, probablement responsable pour l’un d’eux, de millions de morts. John Player Special que tout porte à croire qu’il porte une vraie responsabilité, au travers du tabac, dans tant de cancers mortels.

De l’autre, je vois un constructeur de voitures de course, Colin Chapman, à qui j’aurais envie de faire porter la responsabilité de la mort, à bord de ses Lotus, de Ronnie Peterson, Jim Clark, Jochen Rindt, Alan Stacey et Ricardo Rodriguez.

Un autre mariage heureux ? Infiniti. La mariée à donné sa Red Bull F1 championne du monde au marié, qui s’est engagé à l’entretenir pour la… durée du contrat ! La voiture se trouve tout au fond à droite du stand. L’année prochaine, il faudra penser à Dacia qui aurait bien besoin d’un taureau dans ses veines.

Mitsubishi met en avant la puissance des batteries de sa petite i-miev. On peut y brancher un fer à repasser, une TV et même un barbecue. Avec une puissance de 1500 watts la première voiture 100% électrique commercialisée au monde sert enfin à quelque chose.

Pour remonter un peu le niveau d’intérêt de ta visite 2012, je t’invite à voir la voiture du seul suisse n’ayant jamais gagné au Mans. Marc Fässler dont l’Audi est exposée sur le stand ACS, exactement là où se trouvait SAAB durant tant d’années.

Comme tu es déjà dans les parages, fais un crochet chez Hyundai qui montre un show car muni d’un pare-brise si bien incurvé qu’il pourrait être attribué à Salvator Dali.

La Halle 7 ne réserve pas de surprises. Cependant entre dessertes de mécano, lifts élévateurs, bidons d’huile et murs de jantes on peut admirer une petite merveille : La Cooper Monaco 1960 du grand père de Sébastien Buemi. La voiture est certifiée authentique, avec pour preuve son numéro de châssis : Cmi 60.

La dernière perle du salon se trouve sur le stand AC. Le stand de ce constructeur qui ne construit plus rien depuis des années, se trouve en face de Hyundai qui, lui, n’arrête pas de construire. Le portail d’entrée sur le stand mérite vraiment le premier prix de cette édition 2012 du salon international de l’auto à Genève Palexpo.

 

En direct de Palexpo, Céjay, correspondant de mauvaise foi.